Vincent Fort

Professeur de Saxophone

Comment présenterais-tu le saxophone ?

Quand on choisit un instrument de musique, quelque part on choisit une histoire. Celle du saxophone est récente. Adolf Sax a déposé le brevet de l’instrument en 1846. Au départ, c’est un instrument classique destiné à jouer dans l’orchestre. Mais ça n’a pas marché : les compositeurs ne savaient pas où le placer entre les bois et les cuivres. Son timbre est difficile à marier. Dans le pupitre des bois, il couvre tout. Du coup, il a été quasiment abandonné. C’est l’armée qui l’a sauvé : d’abord dans la musique allemande, puis par le biais l’armée américaine. Au début du XXème siècle, ces derniers ont donné des instruments de musique, dont des saxophones. Les gars se retrouvaient pour en jouer le soir. C’est à partir de là que le saxophone est devenu aussi un instrument de jazz.

Qu’est ce qui t’es cher de transmettre à tes élèves saxophonistes ?

Au départ, Je ne fais pas forcément travailler principalement du jazz. Il y a le style, mais il y a aussi la technique instrumentale : le spectre à explorer du saxophone est très vaste. Je fais jouer des retranscriptions. Il en existe beaucoup. Mes élèves abordent : de la musique Renaissance ; de la musique Baroque ; pas beaucoup de musique de la période Classique ou Romantique car le répertoire s’y prête difficilement ; un peu de musique Contemporaine pour l’exploration très intéressante des effets sonores de l’instrument ; et après, bien sûr, le jazz dans toutes ses largeurs.

Tu commences quand le jazz ?

Tout de suite aussi : l’improvisation dès le troisième cours au maximum. Mais ça n’est pas stylistique, c’est le « geste » d’improviser. Dans la culture de notre instrument l’improvisation est très importante. Il y a une vingtaine ou trentaine d’année elle était très peu enseignée. Maintenant, avec l’influence de la culture américaine, rares sont les professeurs qui ne l’enseignent pas. Et puis c’est mon « dada ». Alors forcément, c’est bien d’enseigner, de transmettre ce qu’on aime.
Si tu l’enseignes de suite aux enfants et aux adultes, ça n’est jamais un problème. Il faut oser et se lancer. Je ne parle pas d’improvisation, je parle d’histoire à raconter : on prend trois notes et c’est parti. L’improvisation, c’est le fer de lance de ma pédagogie.

Tu enseignes l’improvisation et le répertoire de la culture écrite ?

Oui, mais c’est souvent lié en fait. Il existe des partitions de jazz. On va travailler une gamme ou un mode et puis un thème et une grille. On va les imbriquer les uns dans les autres et on aura un morceau complet avec : apprentissage de la partition, improvisation et apprentissage des gestes techniques nécessaires. Le cours, souvent, est basé sur un seul axe, même si je fais des choses qui peuvent paraître différentes pour l’élève.

Vers quel âge fais-tu commencer l’apprentissage du saxophone ?

A mon sens, en règle générale, c’est entre 9 et 12 ans. Après, pour débuter plus tôt, ça dépend du gabarit de l’élève, car le saxophone pèse 1,5 kilo. Ça tire sur le cou. On peut mettre des harnais autour des épaules. Ça soutient, mais ça n’est pas forcément très souple au niveau du jeu. Je ne préfère pas commencer avec des sopranos recourbés qui sont plus petits, car j’ai remarqué des problèmes d’embouchure ensuite, quand ils passent à un instrument plus gros. Les dents ne posent pas de problèmes, mais la taille de l’élève a de l’importance et celle de ses doigts aussi, car sinon, ils n’accèdent pas aux clefs du bas.

Tu as des adultes ? Ont-ils le même cursus ?

J’en ai beaucoup. Ils ont une demi-heure de cours en individuel. Je les pousse très vite à aller en Formation Musicale pour les adultes et à jouer en groupe : soit en atelier de musique actuelle, soit à l’orchestre, soit à l’ensemble de jazz. Ils n’ont pas forcément envi de suivre un cursus diplômant, mais s’ils le veulent, ils peuvent. En général, ce qu’ils souhaitent, c’est jouer en groupe. De ce fait, ils peuvent rejoindre l’ensemble de saxophones pour les adultes. Il y a une belle émulation. Les qualités des uns déteignent sur les autres. Ils s’entraident. Ils voient aussi que les autres ont les mêmes difficultés. Sinon, ils sont dans leur coin et ils ont juste l’impression qu’ils n’y arrivent pas. Souvent, les adultes arrivent avec une idée du son très précise : celle du saxophoniste de Goldman ou de Dire Straits, etc. C’est compliqué de « coller », d’arriver à jouer avec le même son que ces saxophonistes. J’adore, parce que c’est vraiment une approche de recherche autour du son. Notre instrument est très proche de la voix : tout comme les chanteurs, chaque saxophoniste a son timbre naturel. Suivant ce timbre, tu vas avoir accès à différents styles. C’est très intéressant, et du coup, on passe beaucoup de temps là-dessus pour découvrir les différentes possibilités. Le saxophone a un côté sensuel, c’est sa sonorité qui attire.

Qu’est-ce que tu dirais à un élève qui a envie de jouer du saxophone ?

Que si on s’y prend bien, qu’on se donne vraiment les moyens, on peut vraiment vite se faire plaisir en jouant du saxophone.

As-tu des coups de cœur pour des saxophonistes ?

Joshua Redman :

Origine : Youtube



Stefano Di Battista :

Origine : Youtube



Et surtout mon maitre absolu, Mickael Brecker :

Origine : Youtube



Pour découvrir un peu plus Vincent Fort, voici le site de son duo Zic k² !

Interview réalisée par Julia Fayolle le 14/12/2016





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